En bref
Pourquoi les filles autistes et les enfants discrets et dociles sont-ils souvent reconnus plus tard? Ce guide décrit ce qu’il est utile d’observer dans différents milieux et comment parler de vos préoccupations lorsque le milieu de garde ou l’école indique que tout va bien.
Les filles et les enfants discrets reçoivent souvent un diagnostic plus tard, en partie parce que les signes peuvent se présenter autrement : imiter les autres, tenir le coup au milieu de garde, puis s’effondrer à la maison. Le dépistage dans l’ensemble de la population révèle un ratio plus près de trois garçons pour une fille que de quatre, ce qui laisse penser que des filles ne sont pas repérées. Si l’école ne voit aucun problème et que la situation est différente à la maison, prenez au sérieux ce que vous observez à la maison; vous pouvez tout de même demander une orientation. Sources : 1 et 2.
Au milieu de garde, on vous dit que votre fille est charmante : calme, sage, elle joue gentiment. Puis, à la maison, elle crie pendant une heure parce qu’on lui a donné le mauvais verre, ou elle se tait et va se cacher. On vous a peut-être dit qu’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter. Ce guide porte sur les enfants pour qui le portrait habituel de l’autisme n’a pas été conçu : les filles, ainsi que les enfants discrets et dociles, quel que soit leur sexe.
Pourquoi ces enfants sont reconnus plus tard
Les premiers signes sur lesquels s’appuient les cliniciens (voir les premiers signes selon l’âge) ont été établis surtout chez des garçons, et les outils ont été validés surtout auprès de garçons. Beaucoup de filles autistes, et certains garçons, ne correspondent pas à ce portrait. Ces enfants peuvent regarder dans les yeux, vouloir des amis et parler au moment attendu. Leurs différences apparaissent dans la manière dont ils font ces choses, et dans ce que cela leur coûte.
Les chiffres rendent cet écart visible. L’enquête canadienne de 2019 sur la santé des enfants a établi que les garçons recevaient un diagnostic d’autisme environ quatre fois plus souvent que les filles. Source : 2. Or, une méta-analyse regroupant 54 études a montré que, lorsque les chercheurs procèdent à un dépistage dans l’ensemble de la population plutôt que de compter les diagnostics posés en clinique, le ratio est plus près de trois pour un. Les auteurs concluent que les filles qui répondent aux critères de l’autisme sont exposées de façon disproportionnée au risque de ne pas recevoir de diagnostic. Source : 1.
Un diagnostic tardif n’est peut-être pas qu’un simple retard. Des travaux récents, qui ont suivi quatre grandes cohortes de naissance, ont observé que les enfants diagnostiqués plus tard suivaient en moyenne une trajectoire de développement différente, avec des difficultés qui augmentent pendant l’adolescence et un lien plus marqué avec l’anxiété et des traits de type TDAH. Il s’agit de données préliminaires. Source : 4. Ces résultats portent sur des groupes : ils ne prédisent pas le développement d’un enfant en particulier, mais ils sont une raison de ne pas écarter les préoccupations au sujet d’un enfant qui semble bien aller.
Qu’est-ce que le masquage?
Le masquage, aussi appelé camouflage, consiste à faire des efforts pour cacher ses traits autistiques et paraître comme tout le monde : imiter, répéter à l’avance, retenir ses mouvements d’autostimulation, se forcer à regarder dans les yeux, endurer un inconfort sensoriel. Une revue systématique de 29 études décrit le camouflage à différents âges et l’associe de façon constante à une santé mentale plus fragile, notamment à l’anxiété et à l’épuisement. Source : 3.
Nous n’avons pas vérifié que le camouflage commence avant l’âge scolaire. Si votre enfant semble à l’aise au milieu de garde, mais éprouve des difficultés à la maison, notez ce que vous observez dans les deux milieux et parlez-en avec le professionnel qui suit votre enfant; ce contraste ne suffit pas, à lui seul, à établir qu’il y a masquage.
Réactions intériorisées et extériorisées
Un repère utile : la détresse peut s’exprimer vers l’extérieur ou vers l’intérieur.
| Réactions extériorisées (plus souvent remarquées) | Réactions intériorisées (plus souvent ignorées) |
|---|---|
| Courir, grimper, frapper, crises bruyantes en public | Se taire, figer, se cacher, maux de ventre, refus |
| Dérange le groupe, donc un adulte intervient | Ne dérange pas le groupe, donc aucun adulte n’intervient |
| Étiqueté « problème de comportement » | Étiqueté « timide », « sensible », « anxieux », « un enfant de rêve en classe » |
| Orienté tôt, parfois pour une mauvaise raison | Orienté tard, souvent après l’apparition d’anxiété ou d’un refus scolaire |
Aucune des deux colonnes n’est préférable à l’autre. Toutefois, un enfant de la seconde colonne peut être jugé « correct » par les adultes qui le voient six heures par jour. Les filles pourraient s’y retrouver plus souvent, tout comme les enfants discrets, quel que soit leur sexe.
Ce qu’il est utile d’observer entre 3 et 6 ans
Observez l’effort et ce qu’il coûte à l’enfant, et non seulement ses habiletés.
- Imiter plutôt que se joindre au groupe. L’enfant observe le groupe, puis reproduit ce que les autres ont fait, avec un léger décalage. Le jeu semble suivre un scénario tiré de la télévision ou emprunté à un frère ou une sœur plus âgé.
- Des intérêts intenses et restreints qui semblent ordinaires. Les chevaux, un dessin animé précis, une seule amie. Le sujet est ordinaire; l’intensité, et la détresse lorsqu’on l’interrompt, le sont moins.
- Tenir le coup, puis ne plus y arriver. Calme et docile au milieu de garde, puis une longue crise, un repli complet ou des heures à rester collée au parent à la maison. L’effondrement après la journée de garde ou d’école est une situation souvent décrite.
- Des réactions sensorielles qui ressemblent à des caprices. Étiquettes et coutures des vêtements, séchoirs à mains bruyants, textures des aliments, lavage des cheveux.
- Des amitiés à sens unique ou très exclusives. Une meilleure amie qui mène tout le jeu, ou beaucoup de connaissances, mais pas de véritable jeu partagé.
- Un langage fluide, mais une compréhension littérale. Un bon vocabulaire, mais de la difficulté avec les blagues, les sous-entendus et les échanges de conversation.
- De l’anxiété, tôt. Peur des changements, questions « et si… » sans fin, maux de ventre les matins d’école.
Aucun de ces éléments, à lui seul, n’indique l’autisme. Plusieurs d’entre eux réunis, chez un enfant visiblement épuisé par l’effort d’être « sage », forment un portrait dont il vaut la peine de discuter avec un professionnel de la santé.
Ce que cela change pour vous
Prenez au sérieux ce que vous observez à la maison. Le milieu de garde et l’école ne voient pas nécessairement ce que vous voyez à la maison, ni ce que la journée coûte à votre enfant. Lorsque vous demandez une orientation, décrivez les deux milieux et nommez le contraste. Une phrase comme « elle va bien à l’école, puis elle s’effondre à la maison tous les jours » donne au professionnel un renseignement utile.
Posez la question même si le dépistage était négatif. Le M-CHAT-R/F et les outils semblables pourraient repérer moins bien les enfants dont les signes sont plus subtils; cette affirmation est fréquente, mais nous n’avons pas vérifié de source portant précisément sur les différences entre les sexes. Source sur l’outil : 5. Un résultat faible, lorsque le parent demeure inquiet, est une raison de discuter d’une orientation avec le professionnel qui suit votre enfant. Consultez le M-CHAT-R/F expliqué et préparer une consultation avec votre médecin.
Réduisez l’effort demandé à la maison. Que votre enfant soit autiste ou non, un enfant qui masque toute la journée a besoin d’un retour en douceur : un moment de calme avant les questions, des routines prévisibles, moins de demandes durant la première heure à la maison. Il s’agit d’un travail de régulation, qui peut aider de nombreux enfants dans cette situation. Consultez les systèmes sensoriels et l’échelle de régulation (en anglais).
Ne visez pas un meilleur masque. Beaucoup d’adultes autistes le soulignent : le but n’est pas d’avoir un enfant qui se cache mieux, mais un enfant qui est compris. Consultez ce que des adultes autistes aimeraient que les parents sachent (en anglais).
Les points de désaccord
Certains cliniciens et chercheurs estiment que l’idée d’un « phénotype féminin de l’autisme » distinct est exagérée et que la plupart des différences entre les sexes dans les diagnostics s’expliquent par des biais dans le choix des enfants orientés, plutôt que par une présentation différente chez les filles. D’autres soutiennent que la présentation elle-même diffère. Bon nombre de personnes des deux points de vue s’entendent sur l’aspect pratique : les filles et les enfants discrets sont sous-repérés, et une orientation ne devrait pas dépendre de la conformité au portrait classique.
Cette semaine
- Rédigez, le même jour, un paragraphe sur votre enfant au milieu de garde et un autre sur votre enfant à la maison. Apportez les deux au rendez-vous.
- Demandez à l’éducatrice ou à l’éducateur, de façon neutre, si votre enfant joue avec les autres ou à côté d’eux, et ce qui se passe lors des transitions.
- Prenez rendez-vous pour discuter d’une orientation, et commencez par décrire le contraste entre la maison et le milieu de garde ou l’école.
Références
Titres bibliographiques conservés dans leur langue d’origine.
- src-01 — What is the male-to-female ratio in autism spectrum disorder? A systematic review and meta-analysis (2017)
- src-02 — Autism spectrum disorder: Highlights from the 2019 Canadian Health Survey on Children and Youth (2022)
- src-03 — Camouflaging in autism: A systematic review (2021)
- src-04 — Polygenic and developmental profiles of autism differ by age at diagnosis (2025)
- src-05 — Validation of the Modified Checklist for Autism in Toddlers, Revised with Follow-up (M-CHAT-R/F) (2014)