En bref
Les signes, les tableaux de pictogrammes et les appareils de synthèse vocale n’empêchent pas un enfant de parler : des revues de recherche menées sur plusieurs décennies n’ont trouvé aucune preuve en ce sens, et observent souvent de légers gains de parole. Voici d’où vient cette crainte et ce que vous pouvez faire.
Les revues systématiques citées ici ont conclu que la communication alternative et améliorée (CAA) ne freine pas le développement de la parole et le favorise souvent un peu. Donnez dès maintenant à votre enfant un moyen de communiquer, montrez-lui vous-même comment l’utiliser sans rien exiger en retour, et continuez de lui parler.
Comprendre cette crainte
Une personne, peut-être une intervenante ou un grand-parent, vous a suggéré des cartes illustrées, des signes ou une application qui parle, et vous vous demandez peut-être : si nous offrons un autre moyen à notre enfant, apprendra-t-il quand même à parler? C’est une crainte fréquente, et l’une des questions les plus étudiées dans ce domaine.
Cette inquiétude semble logique. Parler est difficile pour votre enfant. Si un signe ou un bouton lui permet d’obtenir son jus plus rapidement, pourquoi ferait-il l’effort le plus difficile? Certains parents entendent aussi qu’un appareil « étiquette » l’enfant comme non parlant, ou qu’un milieu scolaire cessera ses efforts dès l’arrivée de la tablette.
La recherche ne soutient pas cette intuition, notamment parce qu’elle considère la communication comme une voie unique. Ce n’est pas le cas. Les enfants qui communiquent davantage, sous quelque forme que ce soit, ont tendance à recevoir plus de réponses, à vivre plus d’échanges et à entendre plus souvent le mot qu’ils cherchaient à dire.
Ce que disent les données
Une revue de recherche publiée en 2006, portant sur les études de la communication alternative et améliorée (CAA) chez des personnes présentant un trouble du développement, n’a trouvé aucune preuve que la CAA diminuait la parole, et la plupart des participants ont montré un certain gain (1).
Une revue systématique publiée en 2008, centrée sur les enfants autistes, est arrivée à la même conclusion : la CAA « ne semble pas nuire à la production de la parole et pourrait l’accroître », avec la réserve que les gains sont généralement modestes et varient d’un enfant à l’autre (2).
Une revue publiée en 2021, qui reprenait et prolongeait celle de 2008, a constaté que, dans l’ensemble, la CAA s’accompagnait d’une amélioration de la production de la parole. Elle a aussi relevé que, lorsque la parole progressait, elle ne remplaçait pas pour autant l’utilisation de la CAA par l’enfant (3). Autrement dit, dans ces études, l’appareil n’a pas joué le rôle d’une béquille, ni celui d’une cage. Bien des enfants utilisent le moyen qui fonctionne sur le moment.
Trois revues réparties sur quinze ans, qui vont toutes dans le même sens, constituent un résultat constant. La réserve honnête concerne l’ampleur de l’effet : la CAA n’accélère pas la parole. Elle lève un obstacle; elle ne trace pas le chemin à votre place.
Pourquoi la CAA aide plutôt que nuit
- Elle réduit la pression. Un enfant qui peut déjà demander de l’eau a moins de raisons de faire une crise pour l’obtenir. Un enfant plus calme dispose souvent de plus d’attention pour le langage.
- Elle vous donne un modèle à montrer. Lorsque vous appuyez sur « encore » tout en disant « encore », votre enfant voit, entend et peut imiter. Voir et entendre un mot présenté en contexte est l’une des façons dont les enfants apprennent leurs premiers mots.
- Elle rend la communication visible. Un symbole reste sur le tableau; un mot prononcé disparaît en une seconde. Bien des enfants autistes peuvent traiter plus aisément l’information visuelle.
- Elle favorise la parole par sa conception même. Les appareils prononcent le mot à voix haute chaque fois. Votre enfant entend le mot visé associé à son sens, à de très nombreuses reprises.
Les types de CAA, en termes simples
| Type | À quoi cela ressemble | Utile pour |
|---|---|---|
| Gestes et signes | Pointer, « encore », « fini », « aide » | Tous les âges; aucun matériel; fonctionne même dans le bain |
| Cartes illustrées et systèmes d’échange | Remettre une carte pour obtenir un objet désiré | Demandes concrètes; premières étapes |
| Tableaux de vocabulaire de base | Un tableau plastifié de 20 à 40 mots courants | Montrer les mots pendant que vous parlez; peu coûteux; se transporte partout |
| Appareils et applications de synthèse vocale | Une tablette qui prononce le mot lorsqu’on appuie dessus | Langage complet à long terme; une orthophoniste doit le configurer adéquatement |
La plupart des familles finissent par combiner plusieurs moyens. Une bonne orthophoniste fera ses choix en fonction de la motricité, de la vision et des intérêts de votre enfant, et non selon une règle fixe.
Que faire plutôt que de s’inquiéter
Montrez sans tester. L’habitude la plus utile s’appelle la stimulation du langage assistée : vous pointez ou touchez le symbole en disant le mot, dans des moments réels, sans rien attendre en retour. « On y va. » « Encore des bulles? » « Fini. » Votre enfant observe. Avec le temps, bien des enfants se mettent à utiliser le symbole à leur tour.
Continuez de parler. La CAA s’ajoute à la parole; elle ne la remplace jamais. Décrivez ce qui se passe, chantez, attendez, répondez.
Commencez par des mots utiles. « Encore », « aide », « arrête », « on y va », « fini », « à moi ». Pas les couleurs ni les animaux. Les enfants adoptent plus volontiers un outil qui leur permet d’obtenir quelque chose.
Accueillez chaque tentative. Si votre enfant fait un signe, pointe, vous remet une carte ou appuie sur le mauvais bouton tout en voulant clairement dire quelque chose, répondez comme s’il s’agissait d’une phrase. Une communication qui obtient une réponse a tendance à se répéter.
Informez le milieu de garde. Remettez au CPE ou au milieu de garde une copie du tableau et trois mots à montrer. La constance d’un milieu à l’autre aide.
Au Québec
Demandez à votre CLSC un service d’orthophonie; la démarche peut commencer par le programme Agir tôt, avant tout diagnostic (4). Lorsque votre enfant est suivi par le programme DI-TSA-DP (déficience intellectuelle, trouble du spectre de l’autisme et déficience physique) du CIUSSS, demandez précisément une évaluation en CAA. Les délais dans le réseau public peuvent être longs. Si vos moyens le permettent, quelques séances privées en orthophonie peuvent servir à mettre en place un tableau ou un appareil et à apprendre à montrer les mots, pour ensuite poursuivre vous-même à la maison. Confirmez toute couverture sur les pages officielles avant d’en tenir compte dans vos plans. Pour savoir qui fait quoi, y compris la différence entre une orthophoniste et une audiologiste, consultez Qui fait quoi.
Ailleurs au Canada, les programmes varient selon la province; le même principe s’applique généralement : l’orthophoniste met le moyen en place, et le parent l’intègre à la vie quotidienne.
Limites à connaître
Certains enfants utiliseront la CAA comme principal moyen de communication toute leur vie, et c’est une réussite, non un échec. D’autres se mettront à parler et délaisseront l’appareil. Personne ne peut vous dire à l’avance lequel de ces parcours sera celui de votre enfant, et disposer dès maintenant d’un moyen de communiquer est utile dans les deux cas. Si votre enfant disait des mots et les a perdus, c’est une autre question, à soulever rapidement auprès d’un médecin : consultez Perte de mots.
Cette semaine
- Choisissez trois mots qui faciliteraient votre journée (« encore », « aide », « fini ») et associez-les à un geste ou à une image chaque fois que vous les dites.
- Imprimez un tableau de vocabulaire de base simple, fixez-le au réfrigérateur et touchez les mots pendant que vous parlez. Ne demandez pas à votre enfant de l’utiliser.
- Appelez le CLSC (ou l’orthophoniste qui suit déjà votre enfant) et demandez expressément une évaluation en CAA.
Références
Titres bibliographiques conservés dans leur langue d’origine.
- src-01 — The impact of augmentative and alternative communication intervention on the speech production of individuals with developmental disabilities: a research review (2006)
- src-02 — Effects of augmentative and alternative communication intervention on speech production in children with autism: a systematic review (2008)
- src-03 — Augmentative and alternative communication and speech production for individuals with ASD: a systematic review (2021)
- src-04 — The Agir tôt program: early screening to better address children's needs
- src-05 — Intellectual disability, autism spectrum disorder and physical disability services